• Petit panorama des clichés

Si l’on veut remonter aux origines, la logique voudrait de commencer par la bonne vieille définition de Wikipédia, sauf que dans ce cas précis, l’histoire n’est pas glorieuse comme le montre Nathalie : «Les femmes occupent majoritairement des emplois dans le secteur tertiaire, notamment dans des postes relationnels ou touchant aux fonctions domestiques…». Une synthèse qui résume ce à quoi doivent faire face les femmes, et des milliers d’années d’histoire laissent des traces. Paradoxe souligné par Jessyca, qui constate qu’aujourd’hui chacune sait parfaitement qu'à poste, expérience, ancienneté et compétences égales, elle touchera moins que son homologue masculin, mais les femmes l’ont intégré, et c’est ça là que le bât blesse.

Et les expériences varient selon le corps de métier. L’exemple de la chimie par Sylvain : des femmes surreprésentées en chimie analytique et sous-représentées en productique. Une explication intéressante : certains secteurs semblent refléter une image un peu trop «mâle» qui n’attire pas les femmes. Même constat pour Aratta, qui vit à Munich pour ses études de biologie : «la production n'est pas un domaine très attirant pour les femmes : chaines de production, robots, charges lourdes, bruit». Et celles qui n’ont pas «peur» d’exercer dans un environnement masculin possèdent souvent un trait de caractère commun constate Anne-Laure : « une grande gueule », en d’autres termes, «elles ne se laissent pas écraser…».

  • Des inégalités, oui, mais lesquelles ?

Certaines inégalités, tellement ancrées dans notre société, font aujourd’hui figure de clichés, mais elles persistent pourtant bel et bien, et cela commence dès l’entretien d’embauche comme le remarque Cédric, notamment sur les questions posées aux femmes par les recruteurs : « elles sont extra-professionnelles et concernent la situation de famille et une éventuelle grossesse à venir... ». Il nous rappelle notamment que «normalement, un recruteur n'a pas le droit de poser des questions sur la vie privée». Seb, qui nous livre les outils juridiques dont dispose la gente féminine pour lutter, donne une précision qui a son importance : « Si l'employeur est tenu d'assurer égalité de rémunération, des salariés qui exercent des fonctions différentes n'effectuent pas un travail de valeur égale ».

Le fameux écart des rémunérations entre hommes et femmes est pourtant loin d’être un mythe comme nous le rappelle Priscilla et Jessyca suite à l’étude de l’Apec, car à même à compétences égales, l’écart des salaires s’élève à 7%. Mais les différences ne s’arrêtent pas là. L’étude Women’s Matter résumée par Priscilla nous montre que les femmes doivent faire face à des freins à leurs carrières : temps passé aux tâches domestiques, maternité… Mais les inégalités «perdurent parce que les entreprises ne se sentent pas menacées (ni par la loi, ni par les femmes elles-mêmes) pour que cette réalité change» comme le souligne Corinne dans l’interview du blog de la rédaction. Prenant l’exemple de l’armée, Patricia explique que «pour une femme qui souhaite faire une carrière prometteuse, les obstacles sont bien nombreux». A parcours égal, le grade finalement obtenu ne sera pas le même. Idem pour Evelyne, bio-informaticienne, qui malgré le peu de différences homme/femme qu’elle constate dans son secteur, reconnait que « les sacrifices pour une femme sont souvent plus importants que ceux d’un homme». Même constat pour Aratta qui pointe du doigt la nécessité de « montrer que l'on est capable de la même chose qu'un homme, et même en faire plus pour un petit bout de reconnaissance(...) En fait, je crois que je vais continuer dans la recherche, plutôt. Ce domaine n'est pas plus féminin que la production, un chercheur femme aura toujours du mal à être crédible face à un homologue masculin, à moins d'une découverte révolutionnaire elle aura moins de crédits (entendez "sous"). ».

  • Les freins à la réussite des femmes

La question est en partie d’ordre culturel pour Aquilae RH, pour qui la faute est surtout imputable à l’éducation traditionnelle, notamment concernant les études : «On trouve plus normal d'envoyer les garçons faire math sup et les filles vers le littéraire». La maternité apparait également comme une contrainte car c’est un sujet difficile à aborder avec l’employeur comme le notent Cédric et Djenaï. De plus, «le syndrome du double fardeau - travail et tâches domestiques - pèse lourdement sur les femmes» comme le rappelle Priscilla. Ainsi, les femmes vivent certaines expériences inconnues des hommes comme l’explique Sylve, notamment la difficulté d'obtenir des postes à responsabilité ou celle d’être mère. Ou encore celle d’être créatrice d’entreprise et mère comme le souligne Djenaï.

Autre état de fait : au travail, «la plupart des femmes tendent à minimiser leur contribution». De nouvelles questions émergent alors, et si la femme contribuait à freiner sa propre réussite ? Une chose est sûre, les femmes se posent de nombreuses questions, « le sentiment qui domine est la crainte de ne pas pouvoir tout assumer » comme le dit Corinne dans l’interview du blog de la rédaction.

  • Des avancées malgré tout

Les contributions au débat du mois furent nombreuses, et cette synthèse n’en relate qu’une partie, car le débat est loin d’être fini. Pour conclure sur une note optimiste mais certes réaliste, «ne soyons plus négatifs » comme l’écrit Odette, pour qui « il y a quand même eu des avancées. Des femmes qui ont eu le courage de donner un coup de pied dans la fourmilière. Des femmes qui n'ont pas eu peur s'engager en politique». Concrètement comme le rappelle Corinne, « les choses vont peut-être enfin bouger puisqu’à partir de 2010, les entreprises qui n’auront pas mis en place des moyens pour résorber les écarts salariaux seront sanctionnées financièrement. Attendons de voir…».

Des perspectives s’ouvrent et les résultats de l’étude Women’s Matter («La mixité, levier de performance de l’entreprise») le montrent (chiffres à la clef) : la présence des femmes dans des fonctions managériales est un gage de performance de l’entreprise. Comme quoi le billet de Carlos, pour qui choisir entre un patron ou une patronne est déjà tout vu, est à méditer. En attendant, Marie nous dresse une revue de web sur le sujet et offre des infos pratiques pour celles qui souhaitent approfondir le sujet, et pourquoi pas, contribuer à faire avancer les choses pour les générations futures ?

Toutes les contributions au Débat du mois
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