dlVoilà, c'est fait. Il était 22h45 hier soir lorsque l'assemblée nationale a voté la loi Création et Internet. La méthode laisse à désirer : seuls 16 députés étaient présents dans l'hémicycle. Pour reprendre la citation de Guillaume, c'est donc "16 députés contre 5 gus dans un garage". Qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse ! La conséquence est bien connue. Un tribunal spécial, dénommé Hadopi (Haute Autorité pour la Diffusion des Œuvres et la Protection des Droits sur Internet), sera chargé dans un premier temps de prévenir les internautes qu'ils ont été repérés en train de télécharger. Dans un deuxième temps, ils pourront suspendre leur abonnement Internet. Une liste noire des internautes jugés coupables sera tenue, afin de les empêcher de se réabonner chez un concurrent. Les ayants-droits, de leur côté, seront chargés de fournir à la Haute Autorité des listes d'adresses IP contrôlées positives.

Les internautes, de leur côté, auront l'obligation de surveiller leur connexion. Pas de recours possible donc si cette dernière est utilisée par une autre personne (enfants, voisin, ...). Pour prouver cette surveillance, ils devront installer un logiciel anti-piratage permettant de filtrer la connexion. Autrement dit, vous devrez vous-mêmes vous placer sous surveillance.

Quelques surprises se sont toutefois glissées dans la loi. La première concerne l'amendement Johnny. Si tous les ayants-droits sont domiciliés dans un paradis fiscal, alors vous ne pourrez pas être poursuivi. Pour la petite histoire, cela ne concerne pas notre rockeur national exilé, puisque sa maison de disque est domiciliée en France.

Deuxième retournement de situation, lors de la suspension de l'abonnement, l'internaute condamné ne paiera pas sa facture. Il était jusqu'à présent prévu qu'il le fasse. Reste à voir la réaction des FAI. Cette loi votée sous la pression d'un lobby puissant (industrie de la musique et de la culture) pourrait provoquer du tort à un autre lobby, d'autant que si la machine tourne à plein régime, 1 000 suspensions pourraient intervenir chaque jour. Soit autant de Chiffre d'affaire en moins pour les fournisseurs d'accès...

wb

Un amendement prévoit par ailleurs une valorisation de l'offre légale par une amélioration de son référencement. Reste à voir de quelle manière, Google s'étant déjà prononcé sur le sujet : "Un moteur de recherche tel que Google détermine les résultats d’une recherche automatiquement sur la base d’algorithmes. Il n’y a pas d’intervention humaine qui viserait à juger qualitativement chaque site. Nous espérons qu'il s'agit ici d'un malentendu découlant d'une formulation sujette à interprétation". A suivre, donc.

La loi Hadopi aura en tout cas fait au moins un heureux : le site de l'assemblée nationale, qui a multiplié son trafic par 4, culminant à plus de 10 000 visiteurs uniques lundi. Autre site qui risque d'y gagner, The Pirate Bay, qui a annoncé offrir pour 5 euros un téléchargement totalement anonyme grâce à iPredator. C'est le tarif demandé par les partisans de la licence globale, qui permettrait de rémunérer les artistes tout en permettant le téléchargement... Le principal risque découlant de cette loi est d'arriver à une France à deux vitesses : ceux qui parviendront à contourner la loi et ceux qui n'ont pas de connaissances assez poussées pour y parvenir. La mise en place d'Hadopi risque dans tous les cas de prendre du temps, et les différences entre la théorie et la pratique devraient exister. A suivre !

Pour aller plus loin :

Eco89 - Hadopi: enfin voté, très loin d'être appliqué
Ecrans - Hadopi adoptée
Slate - Les incongruités d'Hadopi
ZDnet - Hadopi : 16 députés dans l’hémicycle pour voter la loi Source icône